Vendredi 30 octobre 2026 · N° 14
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Carburants : bloquer les prix ne fait pas une politique

Le bénéfice record de TotalEnergies nourrit la colère. Elle est compréhensible. Mais ni le plafond de prix ni la chasse aux superprofits ne répondent à la question que les Français posent à la pompe.

Par la rédaction de Temps de France

Photo d'illustration (2020) : panneau des prix des carburants d'une station-service à Vonnas (Ain).
Photo : Chabe01 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Quand une entreprise engrange un bénéfice qui plus que double en un an pendant que les automobilistes comptent chaque plein, la colère n'a rien d'illégitime. TotalEnergies a publié jeudi un résultat net record, et La France insoumise a aussitôt réclamé un blocage des prix. La réponse est tentante. Elle est surtout courte.

Un plafond a toujours un coût

Le plafonnement du gazole existe déjà. Patrick Pouyanné en chiffre le coût à 500 millions d'euros pour son groupe et prévient que, si l'on surtaxe, le plafond s'arrêtera. On peut juger l'avertissement intéressé ; on ne peut pas l'ignorer. Un prix administré ne fait pas disparaître le coût : il le déplace vers l'entreprise, vers le contribuable, ou vers la pénurie de demain. Une politique sérieuse commence par dire qui paie.

La question que personne ne veut regarder

Selon LCP, le ministre de l'Économie lui-même a reconnu que les carburants sont plus chers en France parce qu'ils y sont davantage taxés. Voilà le cœur du sujet. L'État est un acteur du prix à la pompe, et pas le moins important. Réclamer des efforts à un groupe privé en détournant les yeux de la fiscalité qui pèse sur chaque litre, c'est demander à autrui ce que l'on refuse de s'imposer à soi-même.

Ceux qui proposent de ramener la TVA sur les carburants à 5,5 % posent au moins la bonne question. Mais une baisse de recettes se finance, et nous défendons ici que ce soit par la maîtrise de la dépense publique plutôt que par de nouveaux prélèvements ailleurs. Promettre la baisse sans dire où l'on économise relèverait de la même facilité que le blocage.

Ce qu'une politique de souveraineté exigerait

Les résultats de TotalEnergies tiennent, selon Boursorama, à la flambée des hydrocarbures liée au conflit au Moyen-Orient, à des marges de raffinage historiques et à un gaz européen au-dessus de 100 euros le mégawattheure. C'est la dépendance énergétique qui fait la facture, et la volatilité qui fait les profits. Une nation qui veut protéger ses ménages doit produire, raffiner et stocker davantage chez elle, alléger ce que l'État prélève, et demander aux grands groupes un effort ciblé et transparent plutôt qu'un procès d'intention. Le gouvernement a raison d'attendre de Total qu'elle répercute la baisse du gazole ; il aurait plus de force s'il commençait par s'interroger sur sa propre part du prix.

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