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Salaires : répondre à la colère sans fabriquer du chômage

À la veille de la conférence sociale de Matignon, la colère sur les salaires est légitime. La réponse, elle, ne doit pas se retourner contre ceux qu'elle prétend protéger.

Par la rédaction de La France

Photo d'illustration (2006) : pièces et billets en euros.
Photo : Avij (talk · contribs) · Public domain · Wikimedia Commons

Des centaines de milliers de Français ont défilé jeudi. Le ministère de l'Intérieur en compte près de 600 000, la CGT 1,6 million : l'écart est grand, mais l'ampleur de la mobilisation n'est pas contestée. Quand le travail paie mal, la colère est légitime, et un gouvernement qui l'ignorerait commettrait une faute.

Un coup de pouce, et après ?

Le Premier ministre réunit lundi syndicats et patronat. La CFDT demande 100 euros net de plus sur le Smic ; la CGT réclame 10 % et l'indexation de tous les salaires sur les prix. Selon Entrevue, qui cite Le Parisien, un coup de pouce serait déjà acquis dans son principe ; Matignon ne l'a pas confirmé. Le Smic n'en a pas reçu depuis 2012, rappelle Europe 1, et ses revalorisations automatiques suivent l'inflation.

Ce rappel ne clôt pas le débat, il le pose. Un coup de pouce a un coût que supportent d'abord les petites entreprises, les artisans, les commerçants, celles qui n'ont ni marges ni pouvoir de fixer leurs prix. Le ministre du Travail lui-même, Jean-Pierre Farandou, l'a admis : le sujet n'est « pas tabou », mais il faut regarder les conséquences sur l'emploi. Nous partageons cette prudence. Un salaire relevé par décret qui détruit le poste qu'il devait mieux payer n'est pas une victoire sociale.

Le vrai sujet : l'écart entre le coût et le net

Notre conviction est simple : le pouvoir d'achat se gagne d'abord par l'écart que l'on réduit entre ce que paie l'employeur et ce que perçoit le salarié. Moins de charges sur le travail, des prélèvements allégés, une dépense publique maîtrisée pour ne pas reprendre d'une main ce que l'on donne de l'autre : c'est la voie qui augmente le net sans alourdir le coût de l'embauche. Quant à l'indexation généralisée de tous les salaires sur les prix, elle risque d'entretenir la spirale qu'on voudrait éteindre.

La négociation de branche a aussi son rôle. M. Farandou relève que certains minima conventionnels restent inférieurs au Smic et doivent être relevés par la négociation : chantier concret que patronat et syndicats peuvent ouvrir sans attendre.

Ne pas confondre fermeté et immobilisme

La fermeté face aux violences qui ont émaillé la journée, 448 interpellations et 53 membres des forces de l'ordre blessés selon le bilan provisoire du ministère, n'exclut pas l'écoute. Elle l'exige même : l'autorité de l'État se juge à sa capacité de protéger les manifestants pacifiques comme de répondre à leurs demandes, sans céder à la surenchère de la dépense. Ces lignes sont écrites avant la conférence sociale de lundi.

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