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« Tout changer » : avant de redistribuer, encore faut-il dire qui produira
Le programme de Jean-Luc Mélenchon promet la rupture sur tous les fronts. Une nation souveraine se juge d'abord à sa capacité à produire, à employer et à financer ses promesses.
Par la rédaction de La France

Jean-Luc Mélenchon a fait salle comble au Bourget, près de 20 000 personnes selon son camp, et son programme compte 1 069 mesures, dont 238 nouvelles, selon LCP. On ne reprochera pas à l'intéressé d'avoir peur des mots : « il faut tout changer ». Le débat démocratique y gagne en clarté, car chacun sait désormais ce que contient le projet.
Ce qu'il contient, justement. Un Smic à 1 700 euros nets, la retraite à 60 ans après 40 annuités, le rétablissement de l'impôt sur la fortune, un impôt sur le revenu à 14 tranches, un héritage plafonné à 12 millions d'euros, un écart salarial limité de 1 à 20. Chacune de ces mesures a ses défenseurs sincères. Mais toutes reposent sur la même hypothèse : que la richesse existe, qu'elle restera sur place et que ceux qui la créent accepteront de la voir davantage prélevée. Dans les comptes rendus que nous avons lus, aucun chiffrage global du coût n'est mentionné. Un candidat qui demande aux Français de tout changer leur doit au moins l'addition.
Nous ne contestons pas la colère salariale ; nous avons écrit ici qu'il fallait y répondre sans fabriquer du chômage. Mais on ne règle pas la question du pouvoir d'achat en alourdissant ce qui pèse sur les entreprises et sur l'épargne qui les finance. Un pays qui veut être souverain doit d'abord produire : de l'industrie, de l'énergie, des emplois, des recettes fiscales issues de l'activité plutôt que de la ponction.
Il y a ensuite la politique étrangère. Retrait de l'OTAN ou du commandement intégré, selon les sources, et « front des non-alignés » : la souveraineté ne se décrète pas par un communiqué. Elle suppose des armées équipées, une industrie de défense solide et des alliés fiables, ce que le programme ne démontre pas, du moins dans ce que la presse en a rapporté.
Reste un enseignement pour la droite. Quand le leader insoumis assure que le Rassemblement national est « presque du Édouard Philippe », il cherche à brouiller les lignes. Raison de plus pour que les forces attachées à la liberté d'entreprendre et à la maîtrise de la dépense présentent, à leur tour, un projet chiffré, daté et assumé, plutôt que de s'épuiser dans des querelles de primaire. Face à l'enthousiasme d'un meeting, seule compte la solidité d'un budget.
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